Projet écriture_Passage n°8

Bonjour à tous !

Aujourd’hui un nouveau passage du projet écriture, cette fois-ci écrit par Juju99 (voir son blog ici). Comme d’habitude, vous pouvez retrouver les passages précédents dans la page « une plume et un peu d’encre ». Surtout, n’hésitez pas à voter pour la suite dans le sondage en bas du passage et à nous dire dans les commentaires ce que vous pensez de l’évolution de l’histoire 🙂 Bonne lecture !

J’accueillis les pizzas d’Oncle Sam avec un grand appétit mêlé de soulagement. Cassie allait s’en sortir, tout irait bien. Evidemment les nombreuses questions que je me posais me trottaient dans la tête, mais c’était habituel avec moi ; j’étais le genre de fille à réfléchir sans interruption pendant des heures, jusqu’à me faire éclater la cervelle – notons que c’est pour cette raison que mes Doliprane ne quittaient jamais ma poche.

Après le repas, je décidai de rendre visite à Cassie. Maman était épuisée, très mal en point, et partit se coucher en grommelant un « bonne nuit » expéditif à toute la tablée. Papa fronça les sourcils.

-Je vais la voir. Alice chérie, demande à ton oncle de t’emmener voir Cassie à l’hôpital. Je vais rester avec ta mère.

Oncle Sam était parti dans la cuisine pour vider les assiettes. Mon petit frère se mit à s’agiter, comme d’habitude :

-Moi aussi je viens ! Je veux voir Cass’ ! Je viens ! Je viens !

Mon regard se fit plus dur que ma pensée. Il se tut, prêt à dégainer une réplique cinglante telle que T’es pas ma mère, je viens si je veux. Ah, le bonheur d’avoir un frère. Mais Oncle Sam entra dans la pièce, tout sourire.

-Allez les jeunes, en voiture ! Alice, j’ai cru savoir que tu voulais aller rendre visite à ta sœur, je t’emmène ma puce ! Willy, on va manger une glace tous les deux, tu es d’accord ?

Evidemment qu’il l’était. Oncle Sam avait le don pour plaire à tout le monde et à contenter chacun.

Le trajet jusqu’à Folaincourt se fit dans le silence, un silence lourd et pesant. J’essayais parfois de le briser, avec un petit raclement de gorge, ou bien en tentant de placer une phrase, mais la seule chose que j’avais réellement envie de dire était : Oncle Sam, que nous caches-tu ? Et bien sûr, je ne pouvais pas demander ça maintenant, alors que Willy était tranquillement assis sur la banquette arrière. Même s’il n’était pas là, je crois que je n’oserais même pas affronter le regard gris de mon oncle. Les secrets de famille, c’était toujours quelque chose de difficile à porter. Et ici, personne ne semblait vouloir crever l’abcès.

Oncle Sam me déposa juste devant l’hôpital, et je dus me débrouiller toute seule. A l’accueil, une dame blonde m’indiqua poliment l’étage où se trouvait la chambre de Cassie et me demanda de ne pas excéder les quinze minutes réglementaires.

Mes jambes étaient trop lourdes pour me porter jusqu’au troisième étage. J’empruntai l’ascenseur, que je retiens en appuyant frénétiquement sur le bouton lorsque d’un homme cinquantaine d’années se faufila entre les portes métalliques.

-Merci, murmura-t-il en fuyant mon regard.

Il était grand, et malgré son âge on voyait tout de suite qu’il avait été un bel homme dans sa jeunesse. Ses yeux bleus croisèrent les miens et il détourna presque immédiatement le regard, gêné. Mon cœur battait dans ma poitrine – son attitude était vraiment étrange.

Puis un léger bip retentit et les portes coulissèrent dans un chuintement. L’homme passa à toute vitesse devant moi et se rua dans le couloir, visiblement pressé.

Cassie se trouvait dans la chambre 16, celle au bout du couloir. Celle devant laquelle venait de s’arrêter l’homme de l’ascenseur.

-Vous vous trompez de chambre, monsieur, intervins-je poliment.

Il tourna la tête aussi vite qu’une bête traquée et devint aussi rouge que mon pull.

-Excusez-moi, balbutia-t-il.

Il fit demi-tour en trébuchant et disparut dans le couloir. Vraiment très, très bizarre.

J’entrai dans la chambre. Cassie m’attendait sur le lit, coincée entre une énorme pile d’oreillers qui la faisait se tenir droite comme un piquet. Elle avait un hématome à la joue droite mais son regard s’illumina quand elle me vit. C’est la première fois qu’elle avait l’air si heureuse que je sois là.

-Alice, murmura-t-elle en m’embrassant.

Elle me raconta qu’elle souffrait beaucoup de la jambe, qui s’était brisée à cause de l’impact. Elle n’avait pas de traumatisme crânien, mais son bras droit était foulé. Elle s’en était bien sortie, visiblement, car les médecins avaient estimé d’une telle chute aurait pu la tuer. Cassie était une miraculée.

Mais tout ça n’avait plus d’importance, désormais. Il fallait que je lui pose la question qui me brulait les lèvres depuis ma petite visite dans la tour d’où elle était tombée. Voyant son air sombre, Cassie fronça les sourcils.

-Tu n’es pas tombée toute seule, n’est-ce pas ? soufflai-je à mi mots. Quelqu’un t’a poussée.

Cassie resta interdite pendant trois longues secondes, puis se reprit.

-Quoi ? Tu dis n’importe quoi. J’ai déjà tout expliqué aux infirmières et à maman. Je regardais le paysage, puis je suis tombée. C’est tout.

J’avais le don de deviner quand Cassie mentait. Elle respirait légèrement plus fort, les commissures de ses lèvres s’élevaient et sa voix avait tendance à partir dans les aigus.

-Tu mens. Quelqu’un t’a poussée, et je suis même sûre que tu sais qui c’est. Tu protèges la personne, et j’ignore pourquoi.

Je bluffais, évidemment, mais ça Cassie n’était pas censée le savoir. Elle n’avait pas mon don de détecteur de mensonge ambulant.

-Alice, tais-toi, tu sais bien que…

-Arrête c’est important ! Dis-moi ce qui s’est passé, j’ai besoin de savoir.

Cassie baissa les yeux et me fit promettre de ne rien dire à nos parents. Détecteur de mensonge fonctionnel, décidément ! Je fis la promesse puis m’assis au bord du lit pour écouter son histoire. Et c’est là que je sus.

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Un bon week-end à tous ! ♥

Mademoiselle M signature 2

Projet écriture_Passage n°6

Hey les lectueurs !

On se retrouve aujourd’hui pour la suite du projet écriture. Cette fois-ci c’est Juju99 du blog Ma boite à livre (son blog ici) qui vous a écris ce passage. Je pense qu’à présent vous connaissez le principe. Si ça n’est pas le cas (ou alors si vous avez manqué des passages), je vous invite à vous rendre sur la page « Une plume et un peu d’encre ». Voilà, je vous souhaite une bonne lecture ! Et comme d’habitude dites nous dans les commentaires ce que vous en avez pensé, ce que vous aimeriez pour la suite et je vous informe que vous avez l’interdiction de quitter cette page sans avoir voté pour la suite dans le sondage en dessous de ce passage 😉 (Alleeeez ça prend moins d’une minute !!!) Bonne lecture ♥

 

-Il y a quelqu’un ?

Personne ne répondit au son de ma voix. Dans un sens, c’était une bonne nouvelle : j’avais envie d’être seule après l’accident de Cassie, la rencontre avec Caleb, et toutes ces questions qui trottaient encore inlassablement dans ma tête. J’étais éreintée, et même plus que ça ; éprouvée par les évènements. Je me demandai si maman avait prévenu papa, s’ils étaient à l’hôpital au chevet de ma sœur, avec Oncle Sam. Je l’espérais. Secrètement, je comptais sur leur absence pour fouiner un peu dans le manoir.

Depuis toute petite, j’avais toujours été une petite curieuse. J’avais dévalisé les tiroirs de toute la maison, fouillé au fond des placards secret de maman, et ce déjà bien avant mes cinq ans : ma maison n’avait aucun secret pour moi. J’étais la reine du « je trouve ce que je cherche ». Aujourd’hui, je comptais bien mettre mon talent à l’épreuve.

Avant tout, j’avais besoin de réponses à mes questions. Et ces dernières étaient nombreuses ! Mon curieux esprit synthétique rassemblait les éléments de la journée passée : y avait-il un rapport entre l’accident de Cassie et l’ombre que je voyais rôder autour de moi ? Et les portraits de Maria, les murmures d’Oncle Sam et de maman, tous ces secrets enfouis, avais-je le droit de les déterrer ? J’avais envie d’en savoir plus. Je vivais un mystère, à la façon des héroïnes de roman et de films qu’il m’arrivait d’envier. Mais tout compte fait, ça n’était pas drôle. J’étais prise dans une situation délicate, je ressentais toujours ce poids dans ma poitrine lorsque je revoyais la mine de Cassie, allongée sur le bitume. La façon dont son bras était tordu…

J’eus un haut-le-cœur et dus me rattraper à la rambarde de l’escalier pour ne pas tomber. Bon sang. C’était seulement maintenant que je ressentais le contre-coup ? La dose d’adrénaline qui me faisait tenir depuis ce matin bouillait dans mes veines ; ma seule peur était qu’elle disparaisse, me laissant seule avec mon effroi et ma panique dissimulés.

Je grimpai l’escalier quatre à quatre, direction la chambre d’Oncle Sam. J’étais persuadée de trouver mes réponses là-bas, c’était son sanctuaire, son refuge. Je me détestai, de fouiner dans cette pièce qui ne m’appartenait pas, telle une voyeuse. Mais il fallait une bonne dose de courage pour mettre son nez là-dedans et je pense que Cassie aurait été fière de moi.

La pièce était sens dessus dessous. On aurait dit qu’une tornade était passée et avait tout ravagé. Les tiroirs étaient retournés, le lit éventré, les habits jetés en vrac hors de leurs placards, les livres déchirés. Je restai bouche-bée plusieurs secondes, puis me repris. Ne pas traîner. Oncle Sam pouvait arriver d’une seconde à l’autre.

Je commençai à jeter un coup d’œil dans les affaires éparpillées, sans cesser de me demander ce qui s’était passé. Il ne restait qu’un seul livre debout sur la bibliothèque. Je me relevai pour l’attraper, me pris les pieds dans le tapis et roulai au sol. Si la situation n’avait pas été si dramatique, je crois que j’aurais éclaté de rire.

Lorsque je secouai le tapis, je découvris une forme dans les lattes du parquet. Incroyable ! S’agissait-il d’une… trappe ? Comme dans les films, je tirai sur la poignée. Elle me résista quelque peu, mais l’adrénaline dopait mes capacités. Je soulevai la petite porte et mis mes mains dans le trou. J’en retirai un carnet à la couverture de cuir, si poussiéreux que, lorsque j’essayai de souffler dessus pour le nettoyer, je fus prise d’une quinte de toux en avalant trois centimètres de poussière. Il devait être caché ici depuis un certain temps… Chose étrange, il y avait une trace de doigt – autre que la mienne – sur la reliure. Hmm, ainsi donc quelqu’un avait consulté ce carnet récemment.

Je l’ouvris, essayant vainement de contrôler les battements hystériques de mon cœur. C’était la première fois que je me mettais dans un tel état de stress.

Les pages, jaunies, prouvaient l’ancienneté de l’ouvrage. Les mots étaient tracés à la plume, couraient sur le papier. Je plissai les yeux pour déchiffrer l’écriture vieillote.

Lundi 12 mars.

Je suis absolument exténuée par le court des évènements. Parfois même, lorsque les regards se tournent vers moi dans les rues, lorsque j’entends des murmures effrayés et des insultes sur mon passage, je ressens une telle colère en moi que je dois me serrer les mains jusqu’au sang pour ne pas commettre un meurtre. C’est là que je m’effraie moi-même. C’est dans ces moments-là que je réalise ce que je suis… Je n’arrive plus à me contrôler. Je mérite les appellations de « sorcière » « satan » que les villageois me donnent. Je n’en peux plus, seigneur. J’ai envie de mourir parfois. Mon père m’a encore battue hier lorsqu’il a appris ce que j’avais fait. C’est terrible, je n’arrive pas à me contrôler.

Maria

Un journal intime ! Etre plongé ainsi dans les pensées secrètes de mon ancêtre me donna des frissons. Qu’entendait-elle par « des choses horribles » ? Pourquoi s’était-elle mis les gens de Folaincourt à dos ?

Je voulus me relever, pantelante, lorsque j’entendis des pas craquer dans l’escalier. Je me jetai sous le lit et baissai la tête pour éviter que mes cheveux ne dépassent. Mon cœur battait si fort que j’avais la sordide impression que l’on l’entendait dans toute la maison.

    C’est alors que la porte s’ouvrit.

A suivre…

 

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